Une vie de danse, transmise aux enfants de Monaco
Ananyan Ballet est née d'une conviction simple : les enfants de la Principauté méritent une formation classique sérieuse, sans avoir à être sélectionnés pour y accéder.
Victoria Ananyan
Victoria Ananyan, fondatrice et directrice artistique d'Ananyan Ballet, a été ballerine principale des Ballets de Monte-Carlo pendant dix ans, sous la direction de Jean-Christophe Maillot et le patronage de S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre.
Formée d'abord par sa mère, elle-même professeure de danse classique, et seulement ensuite à l'École Chorégraphique d'État de Perm, dont elle est diplômée avec mention en 2003, elle s'est produite au Théâtre Garnier, au Grimaldi Forum et sur les principales scènes d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie, reconnue pour ses rôles principaux dans un répertoire comprenant notamment Le Lac des Cygnes, La Belle au Bois Dormant, Roméo et Juliette, Casse-Noisette et La Bayadère. Elle a également dansé lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi.
À la suite de sa carrière scénique, elle a fondé Ananyan Ballet à Monaco, école de danse classique ouverte aux enfants de la Principauté sans sélection préalable. Diplômée d'un MBA de l'International University of Monaco (2024), elle est lauréate du prix « Meilleur Projet Entrepreneurial » décerné par le Monaco Economic Board. Elle est également titulaire de deux diplômes pédagogiques obtenus au PNSD Rosella Hightower.
Trois générations
Dans cette famille, la danse ne s'est pas choisie, elle s'est transmise. La grand-mère de Victoria a été formée à Saint-Pétersbourg. Le pédagogue qui l'a formée est celui-là même qui, des années plus tard, a formé le professeur de Victoria à Perm.
Autrement dit : le professeur de son professeur avait déjà enseigné à sa grand-mère. Victoria ne considère pas cela comme une coïncidence.
Sa mère, Zhanna Muradyan, a été son premier professeur et l'est restée. Elle a fondé l'école de ballet de Tokyo et y a enseigné ; la première ballerine japonaise à danser à Saint-Pétersbourg comptait parmi ses élèves. Aujourd'hui elle enseigne à Monaco, aux côtés de Victoria, et suit les mêmes enfants.
Entre elles deux, plus de cinquante ans de pédagogie du ballet.
« Ma mère, c'est l'alphabet du ballet classique. »
Cela change des choses très concrètes. Une correction donnée à un enfant de six ans n'est pas une intuition : c'est un geste appris de quelqu'un qui l'avait lui-même appris. Rien, dans cette école, n'a été inventé la semaine dernière.
La méthode
L'enseignement repose sur les fondements de la tradition Vaganova, celle de Saint-Pétersbourg, que Victoria a reçue à Perm et que sa mère et sa grand-mère avaient reçue avant elle. Le classique reste la base. S'y ajoutent, sans la remplacer, les apports des écoles française, italienne, anglaise et américaine, et plus tard le contemporain comme discipline à part entière.
Le programme est le sien : la rigueur du système classique, sans la sélection qui l'accompagne d'habitude. Un enfant de Monaco ne travaillera jamais cinq heures par jour, et Victoria le sait. Tout l'enjeu est de savoir ce que l'on peut construire avec les heures dont on dispose réellement.
« On ne peut pas sauter une brique et avancer plus vite. Mais pour ce que nous faisons avec les heures que nous avons, les résultats sont là. »
Ce qui se passe dans la salle
Un cours garde l'ordre du classique : la barre pour placer et réveiller le corps, le milieu où le travail de la barre doit tenir sans appui, puis les traversées et le répertoire. Cet ordre ne change pas avec l'âge.
Ce qui change, c'est le tempo. Un enfant que l'on laisse douze temps à tendre le pied et douze temps à le ramener ne revient pas. Victoria a donc construit son cours autrement : on explique, on ne s'installe pas, et on apprend très tôt à danser et non seulement à s'exercer. L'accent porte sur la musicalité et sur ce que chaque élève a de particulier.
Ce qui se voit
« On reconnaît mes enfants à la tenue, au dos ouvert, à la verticalité, à leurs mouvements, grands et propres. Nous ne faisons pas de danse sale. »
Cinq marqueurs, visibles depuis la porte de la salle, et sur tout le groupe et non sur une seule élève.
La tenue
Le corps est tenu du premier au dernier exercice, et pas seulement quand quelqu'un regarde. C'est la première chose que l'on apprend et la dernière que l'on perd.
Le dos ouvert
Les épaules basses, la poitrine ouverte, les omoplates en place. Un dos fermé se voit à dix mètres, et il se corrige mal une fois installé.
La verticalité
L'aplomb avant tout le reste. Tant que la verticale n'est pas là, il ne sert à rien d'ajouter de la vitesse ou de la hauteur.
De grands mouvements
Le geste va au bout, dans toute son amplitude, et reste propre. Grand et propre à la fois : c'est là que le travail devient difficile.
Rien de sale
Aucun passage approximatif n'est laissé de côté sous prétexte que la suite est jolie. Un pas mal fini est refait, à tout âge.
L'ensemble avant les projecteurs
« Chaque parent veut voir son enfant sous les projecteurs. Moi, je leur apprends aussi à être dans l'ensemble, à travailler en groupe, et à tenir leur ego. »
Les élèves qui s'investissent le plus reçoivent naturellement davantage, et c'est justice. Mais la formation ne consiste pas à fabriquer des solistes. Elle consiste à faire des danseuses capables de tenir leur place dans un groupe qui danse ensemble, ce qui est plus difficile et sert plus longtemps.
C'est aussi ce que la danse laisse quand on ne devient pas danseur : la résilience, la constance, le respect, et l'habitude de recommencer.
Une académie, pas un studio
La distinction n'est pas cosmétique. Dans une académie, ceux qui enseignent ont été formés pour enseigner, la méthode est écrite et transmissible, et elle doit pouvoir survivre à celle qui l'a apportée. C'est pour cela que Victoria forme aussi de futurs professeurs.
Une famille qui confie son enfant a le droit de savoir qui se trouve en face de lui, et ce que cette personne a appris avant de le corriger.
Diplômes et résultats
Formation et distinctions
- Diplômée avec mention de l'École Chorégraphique d'État de Perm, 2003
- Diplôme d'État de professeur de danse, option classique
- Diplôme national supérieur professionnel, PNSD Rosella Hightower
- MBA, International University of Monaco
- Prix « Meilleur Projet Entrepreneurial », Monaco Economic Board, 2025
- Ballerine principale des Ballets de Monte-Carlo pendant dix ans, sous la direction de Jean-Christophe Maillot
- Cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi
Ce que les élèves ont fait
En 2026, l'école s'est présentée au 27e Concours International de Toulon. La classe entière, sans sélection des meilleures élèves, et sans répétition préalable sur la scène. Ces élèves travaillaient environ trois heures par semaine, face à des écoles dont les élèves travaillent seize heures par semaine.
Elles ont obtenu la deuxième place. Peu après, à Sanremo, une autre élève a de nouveau obtenu une deuxième place.
Cela ne veut pas dire que trois heures valent seize. Cela veut dire que ce que l'on fait de ces trois heures compte davantage qu'on ne le croit, et qu'un enfant qui n'a pas été trié à l'entrée peut aller loin.
« Ce ne sont pas des professionnels importés, ce sont les enfants de Monaco, et ils dansent à un niveau qui parle de lui-même. »
À côté, pas contre
Monaco possède déjà une école de très haut niveau, l'Académie Princesse Grace, qui sélectionne ses élèves dans le monde entier et les prépare au métier. Elle fait bien ce qu'elle fait, et Ananyan Ballet ne cherche ni à la remplacer ni à la concurrencer.
Il manquait simplement quelque chose pour les enfants qui vivent ici et qui voudraient apprendre sérieusement sans avoir été choisis pour cela. Les deux places sont nécessaires et ne s'adressent pas aux mêmes familles.
« Je n'entre pas en ennemie. Je veux la même éducation pour tous. »
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